Transhumance

Depuis le Moyen Âge, les montagnes du Gúdar-Maestrazgo abritent un important cheptel qui transhume vers les terres de la côte valencienne. Les bergers suivaient différents itinéraires sur des chemins, des sentiers et des azagadores, profitant de la complémentarité climatique offerte par les différents territoires en fonction de l’époque de l’année.

Berger avec des moutons. Peinture murale du palais Matutano - Daudén à La Iglesuela del Cid.

Transhumance

Depuis la fin du Moyen Âge, les chaînes de montagnes du Gúdar-Maestrazgo ont vu se développer le système de transhumance du bétail, une forme de pâturage basée sur le déplacement saisonnier des troupeaux entre différentes zones géographiques ou climatiques. L’articulation de ces itinéraires permettait de compléter le régime alimentaire des animaux et d’alléger la pression sur les pâturages locaux. Après la conquête du royaume de Valence dans la première moitié du XIIIe siècle, la complémentarité climatique offerte par ces territoires a permis le développement de routes migratoires entre les territoires intérieurs et côtiers. Ainsi, après les pluies d’automne, le bétail se déplaçait vers les terres côtières à la recherche de pâturages pour passer l’hiver. Plus tard, au début des mois les plus chauds, ils remontaient pour profiter des pâturages abondants des sierras après les neiges et les pluies hivernales.

Berger avec des moutons (Cantavieja). Collection de photographies Grao Matesanz. CEMAT.

Le système agricole dans les terres du Maestrazgo

À partir du milieu du XIIe siècle, après la conquête chrétienne du territoire du Maestrazgo, on a commencé à jeter les bases d’un système qui allait apporter une grande prospérité à la région au cours des siècles suivants. Le repeuplement était basé sur l’installation de familles de paysans qui travaillaient la terre, établissant ce que l’on appelle la triade méditerranéenne : les céréales panifiables, dont la production est devenue excédentaire à certaines époques, la vigne et l’olivier, là où les conditions climatiques le permettaient, complétés par des produits horticoles.

L’élevage de moutons coexistait avec ce système, une activité qui allait devenir prédominante sur le territoire. En effet, après la conquête du royaume de Valence, Jacques Ier, conscient de l’importance de l’élevage comme source de revenus, se réserva le pouvoir d’exploiter les montagnes, les herbages et les terres incultes, en accordant des privilèges qui profitèrent aux éleveurs des sierras, qui pouvaient emmener leur bétail sur les terres de la côte nouvellement conquises.

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Foire aux bestiaux de Cantavieja. Carte postale du début du 20e siècle.

Activité économique liée à l'élevage

Outre les privilèges nécessaires au développement de l’élevage transhumant, d’autres privilèges ont été établis dès la conquête et ont jeté les bases d’une dynamisation du commerce dans la région par la tenue de marchés et de foires.

Les marchés se tenaient dans les principales villes du territoire – Aliaga (à partir de 1196), Cantavieja (1225), Sant Mateu (1243), Morella (1257), Monrollo (1258), Castellote (1268) et Mirambel (1292) – et avaient lieu chaque semaine et servaient à commercialiser les surplus agricoles des paysans.
Les foires se tenaient dans les villes les plus importantes – Sant Mateu (à partir de 1255), Morella (1257), Valderrobres (1308), Mosqueruela (1366) et Monroyo (1382) – et avaient généralement lieu tous les ans. Les marchands des principaux centres urbains de la Couronne d’Aragon et de différentes villes de la Méditerranée occidentale y assistaient à la recherche de différents produits, parmi lesquels la laine présentait un intérêt particulier, car elle servait à approvisionner les puissantes industries textiles de leurs lieux d’origine. Certains propriétaires agricoles possédaient de grands troupeaux qu’ils vendaient à d’autres agriculteurs dans le cadre de contrats de « medianería ». Ils obtenaient ainsi une grande quantité de laine qu’ils achetaient à l’avance, plusieurs mois avant la tonte. En outre, certains de ces grands propriétaires terriens contrôlaient et stimulaient l’activité artisanale sur le territoire.

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Groupe de bergers au début du 20e siècle.

Conflits liés à l'utilisation des pâturages

Malgré les privilèges et concessions royales accordés pour encourager le développement de l’élevage transhumant, ce système n’était pas exempt de conflits. Ainsi, dès le milieu du XIIIe siècle, la concurrence entre les différentes localités pour le contrôle des pâturages est déjà manifeste. Les communautés rurales ont contribué à façonner les zones et les droits d’élevage dans leurs localités respectives et ont établi des mesures de protection en délimitant des zones d’usage commun qui n’étaient accessibles qu’à leurs habitants. Les boalares et les dehesas ont été créés, des espaces fermés au bétail étranger, et différents accords ont été établis entre les territoires pour favoriser le transit du bétail et étendre les zones d’obtention des pâturages.

La cour des bergers : le ligallo

Les Ligallos étaient des organisations particulières ou des tribunaux à caractère communautaire d’origine médiévale, chargés de réglementer le commerce et de défendre les intérêts des bergers.

Le mot ligallo vient du latin « ligare », qui signifie « unir, rassembler ». À l’origine médiévale, ces tribunaux réunissaient les éleveurs d’une localité ou d’un territoire au moins deux fois par an pour réglementer le retour du bétail perdu ou égaré. Au fil des ans, sur le territoire du Maestrazgo, leurs compétences se sont étendues à des questions telles que les litiges concernant les contrats avec les bergers, la surveillance et le contrôle des abreuvoirs et des mangeoires ou la défense des membres dans les procès visant à faire respecter leurs privilèges de pâturage, formant ainsi un organe représentatif et puissant par rapport à d’autres secteurs.

Bibliographie

BRANCHAT, V., « Tratado de los derechos y regalías que corresponden al Real Patrimonio en el Reyno de Valencia y de la jurisdicción del intendente como subrogado en lugar del antiguo bayle general », Valencia, MDCCLXXXIV, édition en fac-similé, Valencia, MCMXC.

FARNÓS, Àlex (coord.) « Cuadernos de la transhumancia n.º 14. Gúdar-Maestrazgo ». ICONA, éd. 1993.

RABASSA VAQUER, C. « Puntualitzacions sobre la institució del ligallo. El ligallo de Culla », Millars, XV, 1992.

ROYO PÉREZ, Vicent (coord.) « Cuando el Maestrazgo levantó sus palacios. Société, architecture et art à l’époque médiévale et moderne ». Comarca del Maestrazgo, 2022.